Willem Dafoe, qui interprète Van Gogh, a joué dans Platoon, d’Oliver Stone, La dernière tentation du Christ de Scorsese, Antichrist, Nymphomaniac de Lars von Trier. Il est aussi le Bouffon Vert dans Spiderman. photo R. Boutillier/ville d’Arles.

Van Gogh -incarné par l’acteur Willem Dafoe- peint, assis face à la fenêtre, dans l’atelier de la maison jaune. Bleu intense de sa veste , vert vibrant du mur, rose des fleurs sur la toile : sur l’écran de contrôle, la palette de couleurs est saisissante. La chef maquilleuse, le chef coiffeur et l’artiste -Edith Baudrand- qui a peint les tableaux utilisés dans le film,  se serrent devant ce petit écran et scrutent les détails de l’image. La scène est tournée derrière la porte de cette maison de La Roquette, dans laquelle est reconstitué l’atelier de la maison jaune où Van Gogh vécut à Arles, entre septembre 1888 et avril 1890.

Du plateau, provient un sonore « Action ». Le soleil brille à Arles mais une pluie torrentielle s’abat soudain devant la fenêtre. Les techniciens sont à la manœuvre. A côté du peintre, Gaby (jouée par l’actrice Stella Schnabel) gratte les taches de peinture sur la tommette usée et interpelle le peintre. Ca coupe. Le réalisateur, Julian Schnabel, précise à Willem Dafoe la façon de tenir son pinceau.

Une équipe technique entièrement française

Depuis le début du mois de novembre, toute l’équipe du film At eternity’s gate -une soixantaine de personnes- s’est installée à Arles pour y tourner les scènes qui concernent le séjour du peintre hollandais à Arles et à Saint-Rémy de Provence. Plus de cent personnes ont été recrutées pour figurer dans le film, via un impressionnant casting, monté en collaboration avec l’agence Pôle emploi d’Arles, en septembre dernier. Plusieurs lieux de tournage ont été choisis en ville et aux alentours.

Si le film est tourné en anglais, l’équipe technique est française et la production assurée par Iconoclast Films. Le film n’est d’ailleurs pas porté par un grand studio hollywoodien, mais par un producteur américain indépendant, Jon Kilik. Discret depuis qu’il a posé ses valises à Arles pour la durée du tournage, ce dernier a produit, entre autres, plusieurs films de Spike Lee, Il était une fois le Bronx de Robert de Niro, la série des Hunger games, et tous les films de Julian Schnabel. Un parcours riche, original, engagé.

Julian Schnabel, sur le plateau. photo R. Boutillier/ville d’Arles.

Julian Schnabel, le regard d’un artiste

Ce qui rajoute, bien sûr, à l’intérêt du film c’est que Julian Schnabel, réalisateur de plusieurs long-métrages remarqués (Basquiat, Le scaphandre et le papillon) est avant tout un peintre reconnu, figure majeure du mouvement néo-expressionniste. Le scénario, qu’il a co-écrit avec Louise Kugelberg et Jean-Claude Carrière, est centré autour des deux dernières années de la vie de Van Gogh, entre Arles et Auvers-sur-Oise. Comme son premier film consacré au peintre Jean-Michel Basquiat, At eternity’s gate n’est surtout pas voulu comme un « biopic » : « il s’agit d’exprimer ce que cela signifie d’être artiste, précise Julian Schnabel. Créer c’est rendre concret l’invisible, c’est un sens sublime donné à la vie. Malgré les tragédies et la violence dont elle a été marqué, la vie de Van Gogh transgresse la mort, et invite à faire de même. »

« Julian a beaucoup travaillé, lu et étudié tout ce qui a été écrit par lui et sur lui, mais le film n’est pas un document sur les relations de Van Gogh avec Gauguin ou avec les Arlésiens, précise Jon Kilik. Ce qui sera, je crois, une vraie révélation, c’est la façon dont Van Gogh entre en relation avec la nature. Comme dans tous ses films, Julian cherche à montrer l’interaction avec le lieu et l’époque.  Julian est un artiste, ce film porte son empreinte, c’est son oeuvre. »