Sortie en triomphe lors de son solo dans les arènes d’Arles, en 2014. Photo Patrick Mercier / Ville d’Arles

Juan Bautista ne fera qu’un seul paseo en 2019. Et ce sera son dernier. Le matador arlésien vient d’annoncer ce samedi 8 septembre qu’il mettra un terme à sa carrière à l’occasion de la prochaine corrida goyesque, événement qui marquera le 20ème anniversaire de son alternative dans les arènes de sa ville. « La disparition de mon père il y a quelques mois a chamboulé ma vie. Cette saison sans lui a été vraiment très dure. Je ressens le besoin, l’envie de m’impliquer davantage dans d’autres activités. Et si toréer reste ma grande passion, ce n’est plus aujourd’hui une priorité unique et absolue » a-t-il confié ce matin lors d’une conférence de presse dans les jardins de l’hôtel Jules César, qu’il quittera toute à l’heure pour son pénultième défilé dans l’amphithéâtre d’Arles. « Cette décision est prise depuis plusieurs mois, elle est posée et réfléchie. Je n’ai pas envie que le toro ou le public me dise que c’est la saison de trop » a insisté Jean-Baptiste qui – « sans tristesse ni amertume » – a donc fait le choix courageux de partir au sommet de son art, à 37 ans. Il sera le week-end prochain à Nîmes et le 6 octobre à Saragosse, où il bouclera sa dernière saison complète.

Fils du torero à cheval Luc Jalabert, Jean-Baptiste a très tôt attrapé le virus des taureaux. Photo DR

C’est son grand-père Alphonse, gardian du Marquis de Baroncelli, qui lui avait très tôt transmis le virus des taureaux, dans le mas familial de La Chassagne, en Camargue. A 5 ans, il donnait déjà des passes à son chien, avec une serviette de table. Pour imiter son père Luc, rejoneador, il s’essaie brièvement au toreo à cheval, mais décide très vite qu’il sera torero à pied. A 8 ans, il torée sa première petite vache, à 13 son premier taureau. « Il apprenait à une vitesse incroyable » se souvient encore Curro Caro, qui fut son conseiller artistique. En 1996, il revêt pour la première fois l’habit de lumière, dans le village espagnol de Pinoso. Il coupe deux oreilles et la queue. En 1998, il fait ses débuts en novillada avec picador au Mexique, et réalise coup sur coup l’année suivante deux exploits qui lanceront sa carrière : il gracie un novillo dans les arènes de Nîmes puis sort par la grande porte des arènes de Madrid. Aucun Français n’avait atteint ce Graal depuis Nimeno II, 22 ans plus tôt.

Le 3 juin 1999, il devient le premier Français depuis Nimeno à sortir par la grande porte des arènes de Madrid. Il avait à peine 17 ans… Photo Botan

Tout s’accélère alors : une croix de Camargue brodée sur le costume, il prend l’alternative à Arles le 11 septembre 1999 des mains du grand Espartaco. Puis il conquiert les saisons suivantes les plus grandes arènes d’Espagne et d’Amérique latine. Enorme pour un garçon d’une vingtaine d’années. Trop peut-être, au point qu’en 2002, Juan Bautista accuse le coup, et décide brutalement d’arrêter sa carrière. « J’étais arrivé au bout, je n’avais plus la flamme », confiait-il récemment. Jean-Baptiste range ses capes, ne parle plus de taureaux, ne va plus aux arènes, ne sait même pas s’il remettra un jour l’habit de lumière.

Meilleur technicien du circuit et roi de l’estocade, Juan Bautista quitte la scène au sommet de son art. Photo Patrick Mercier / Ville d’Arles

Deux ans plus tard, il reprend l’épée pour un festival au profit des sinistrés des inondations d’Arles, sa ville qu’il chérit tant. Et la flamme se ravive, comme par magie. Il épouse une deuxième fois la carrière de torero, repartant de zéro, mais fort d’une fraîcheur et d’une ambition retrouvée. En 2007 et 2010, il triomphe de nouveau à Madrid, gravissant progressivement les échelons pour regagner les sommets de sa profession. A une technique hors pair, il ajoute peu à peu du sentiment dans ses faenas. Il met de la souplesse là où il y avait de la rigidité, de la poésie là où il y avait de la froideur. Son perfectionnisme quasi-obsessionnel fait le reste.

Le 31 mars dernier, au lendemain des funérailles de son père, Juan Bautista avait partagé son triomphe avec ses deux enfants, Liza et Louis. Photo R.Boutillier / Ville d’Arles

En 2014, Juan Bautista célèbre triomphalement ses 15 ans d’alternative face à six toros à Arles, dans une communion parfaite avec le public de sa ville. L’année dernière, il avait intégré pour la première fois le cercle très fermé des dix matadors les plus demandés de la planète. Mais la maladie et le décès de son père l’ont profondément bouleversé. Il aspire désormais à « mener une vie plus normale, passer de meilleures nuits, passer plus de temps avec ma famille et mes amis ». Jean-Baptiste a aussi exprimé sa volonté de « s’impliquer davantage dans l’élevage de toros, et totalement dans les arènes d’Arles avec ma sœur Lola ». Au crépuscule de son parcours de torero, il totalise près de 700 corridas, 23 sorties par la grande porte à Arles, 20 à Nîmes, 3 à Madrid, et a obtenu la grâce de 19 toros. Une immense carrière qui a fait de lui un monument de la tauromachie française, et un ambassadeur exceptionnel pour la ville d’Arles.

A gauche, le petit Jean-Bautista accompagnant son père. A droite, Juan Bautista et ses enfants Liza et Louis, lors de son dernier triomphe dans les arènes d’Arles, où avaient eu lieu la veille les funérailles de Luc Jalabert. Photo D.R.