Décédée dimanche 12 avril à l’âge de 84 ans, Colette Laffineur était présidente de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes. Installée depuis 1981 à Griffeuille elle n’aura de cesse de témoigner auprès des jeunes de l’horreur de la guerre et des camps, elle qui fut déportée à 17 ans pour faits de résistance. Elle est à l’origine à Arles de l’association pour un musée de la Résistance et de la Déportation. Arles info avait publié son portrait en juin 2005.

Colette Laffineur Photo Hervé Hôte – agence Caméléon

La force d’indignation

Colette Laffineur est présidente de la Fédération nationale des déportés, internés, résistants et patriotes. En 2005, soixante ans après la libération des camps nazis, elle explique toujours ce que fut la déportation.

Les mots peuvent-ils décrire de telles blessures ? L’expérience des camps de concentration est unique. Elle n’est pas de celle que l’on se plaît à raconter, ni de celle que l’on peut oublier de quelque manière que ce soit. L’empreinte est indélébile dans les corps comme dans les esprits des rescapés. Certains n’ont jamais pu parler de ce qu’ils ont vécu dans les camps de la mort au cours de la seconde guerre mondiale. D’autres comme Colette Laffineur, résistante déportée, en dépit de cette difficulté à dire, ont décidé que le «Plus jamais ça !» leur incombait de témoigner, de rappeler constamment leurs combats passés. Un engagement qui pour elle justifie l’obstination à construire un monde plus solidaire.

Le respect dû aux morts, aux morts proches et aux morts sans noms, c’est la transmission inlassable aux jeunes générations du message : il y a péril mortel de baisser la garde devant la barbarie.

Entrée aux Jeunesses communistes dès l’adolescence, arrêtée pour fait de résistance en 1942 à 17 ans, Colette Lafineur a à peine 20 ans quand elle revient des camps de déportation de Ravensbrück et Holleischen.

La jeune rescapée qui aurait besoin de se refaire une santé, s’engage dans un nouveau combat. L’époque est à la reconstruction du pays derrière le général De Gaulle. Colette Laffineur met ses pas dans ceux de Marcel Paul, ouvrier gazier, déporté lui aussi, devenu ministre de la production industrielle. Auprès de lui, la jeune femme se consacre au mouvement mutualiste qu’elle ne quittera plus. Le travail est énorme. Les problèmes de santé causés par la guerre sont considérables. Le réseau d’établissements de santé et de soins est à mettre sur pied. Colette Laffineur sera cadre au conseil central des œuvres sociales des industries électriques et gazières, l’ancêtre d’EDF-GDF. « Dans mon service j’avais un réseau de vingt-cinq secrétaires sociales. Elles avaient une formation similaire à celle des assistantes sociales mais avec un autre état d’esprit, pas celui « c’est le patron qui a toujours raison ».

Ses propres problèmes de santé la rattrapent. Colette est sommée de se mettre au vert dans le Midi. Elle s’installe à Saint-Rémy-de-Provence en 1955. Le Sud ne sera pas la retraite méritée pour la dame « qui ne sait pas se tenir tranquille ». Colette Laffineur participera aux mobilisations contre les guerres de la décolonisation : l’Indochine, l’Algérie, le Vietnam, jusqu’à la dernière, celle contre l’Irak.

En 1981, elle s’installe à Griffeuille et bien sûr s’investit dans vie de son quartier. A l’Education nationale, on commence à s’intéresser à la guerre de 1939-1945. Les témoignages des survivants sont recherchés. Charles Barontini, communiste arlésien, lui demande de sortir de sa réserve :  Il faut que tu nous aides maintenant, tu ne vas pas toujours jouer les muettes. Colette Laffineur va raconter la guerre vécue et affronter les questions des gamins. Dans son récit de cette période elle s’attache à montrer l’enchaînement des circonstances depuis le choix initial :  j’ai commencé par faire une collecte de lait dans mon école pour les enfants de républicains espagnols. Ce qui l’intéresse c’est la progression dans la prise de conscience : l’éveil aux autres dans l’enfance, l’apprentissage de la solidarité, l’engagement personnel, les épreuves, jusqu’aux luttes d’aujourd’hui. Mais le fond de l’horreur, celle vécue dans sa chair, elle ne la raconte toujours pas, parce que ça, ça ne sort pas.

Les hommes naissent libres et égaux en droits. Toute distinction sociale ne peut être fondée que sur l’utilité commune. Colette connaît par cœur la Déclaration des droits de l’homme.