Hervé Schiavetti ouvre les débats au Mas du pont du Rousty.

Comment concilier le confort des habitants et la protection du patrimoine naturel ? C’est tout le dilemme mis en valeur lors du séminaire du 25 novembre 2011, présentant le bilan de 5 ans de démoustication au BTi dans le parc naturel régional de Camargue.
Des élus locaux, départementaux et régionaux, des scientifiques, des représentants d’associations de pêcheurs, de chasseurs, de défense de l’environnement, habitants du parc étaient nombreux pour écouter ce bilan, dressé d’une part par l’EID Méditerranée, l’organisme chargé de la démoustication, et les scientifiques qui ont observé son impact écologique.
Cette opération a été menée de 2007 à 2011, sur un territoire de 15 000 ha comprenant deux centres de population importants, Salin-de-Giraud et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Financée par le conseil général des Bouches-du-Rhône, la région PACA, SAN Ouest Provence et la communauté d’agglomération Arles-Crau-Camargue-Montagnette, l’expérimentation a coûté 900 000 euros par an environ. L’insecticide a été répandu par avion et par voie terrestre après repérage des zones de larves.
L’efficacité du traitement a été mesurée. Les habitants se sont dits moins gênés par les moustiques, leur degré d’attaque baisse et on ne perçoit pas de résistance au produit. Mais les scientifiques ont pointé des impacts négatifs : une baisse du nombre d’espèces de libellules, une baisse du nombre de passereaux et d’hirondelles de fenêtres, qui ont perdu, leurs proies habituelles. L’aspect opérationnel de la démoustication (les passages aériens, la surveillance des sites de larves) a également dérangé les oiseaux d’eau. Avec comme dommage collatéral, la perte en attrait touristique et éducatif du parc.
En conclusion, les intervenants ont évoqués des pistes de réflexions et d’actions ultérieures : comment agir en amont pour « produire » moins de moustiques ? Comment réduire l’impact du BTi, en délimitant plus précisément les surfaces à traiter, en ciblant sur les saisons où la gène est la plus forte ? Quelles alternatives aux traitements par le Bti peut-on développer ?
Christian Jean, le président de l’EID, a précisé qu’un arrêt de la démoustication amènerait à retrouver, dans un an, la même population de moustique qu’avant la démoustication. François Letourneux, président du conseil scientifique et d’éthique du Parc, a rappelé, lui, qu’il n’y avait pas d’action humaine qui n’ait des effets sur le milieu naturel et que la vocation du Parc était la protection de la nature. Munis de ces éléments, ce sont les élus qui devront trancher.