Arles vient de perdre l’un de ses plus grands artistes et l’un de ses plus énergiques promoteurs. Le photographe Lucien Clergue s’est éteint ce samedi 15 novembre 2014, à l’âge de 80 ans.

Lucien Clergue fête ses 80 ans au musée Réattu, lors du vernissage de l'exposition Les Clergue d'Arles en juillet 2014. photo Romain Boutillier, ville d'Arles

Lucien Clergue fête ses 80 ans au musée Réattu, lors du vernissage de l’exposition Les Clergue d’Arles en juillet 2014. photo Romain Boutillier, ville d’Arles

Premier photographe élu membre de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France, Président de l’institution en 2013, il est aussi le seul autodidacte en France à être reçu Docteur en Photographie à l’Université de Provence, Marseille, en 1979. Né dans une famille modeste, il commence à prendre des photos, seul, et ose, un jour de 1954, montrer l’un de ses clichés à Picasso, à la sortie d’une corrida. Il n’a que 20 ans. C’est le début d’une longue amitié et d’une belle carrière de photographe. Toute sa vie, l’Arlésien fut l’ami de quelques-uns des grands artistes du siècle, Cocteau, Saint-John Perse… Il fut le premier aussi à révéler le talent de Manitas de Plata, qui s’est éteint au début du mois.
Célébré dans le monde entier, il expose notamment au MoMa de New-York, Lucien Clergue n’a jamais oublié sa ville natale. Dans les années 50, il a l’idée avec son ami Jean-Maurice Rouquette, alors conservateur du musée Réattu, d’y créer l’un des premiers départements consacrés à la photo dans un musée des beaux-arts français. Il constitue le début du fonds en demandant aux grands photographes de l’époque, ses amis, de donner une photo au musée. Lui-même cèdera une importante collection de clichés au fil des ans. Ceux-ci font d’ailleurs l’objet d’une grande exposition au musée Réattu, que le photographe a lui-même inaugurée au début du mois de juillet. Les oeuvres, dessins, eaux-fortes, etc, que Picasso lui a offertes sont également exposées.

Le photographe est également à l’origine des Rencontres de la Photo, l’un des plus grands festivals de photo au monde, qui se tient tous les étés à Arles. En 1968, ils sont quatre, avec Maryse Cordesse, Michel Tournier, Jean-Maurice Rouquette, à se lancer dans cette aventure un peu folle. Une vingtaine d’années plus tard, Lucien Clergue est aussi à l’origine de la création de l’Ecole nationale supérieure de la photographie.
Cet été, Arles a rendu à ce créateur infatigable -il était encore en septembre dans les arènes, appareil photo en bandoulière, pour assiter à la corrida goyesque qui a vu triompher Juan Bautista-, l’hommage qui lui était dû. Outre la grande exposition au musée Réattu (que l’on peut voir jusqu’au début janvier 2015), les Rencontres de la photo lui ont également consacré une exposition et une soirée au théâtre antique.