Le vendredi 10 mai, à 19 heures, Brigitte Benkemoun dédicacera son dernier livre, Je suis le carnet de Dora Maar (éd. Stock) à la galerie La marchande des quatre saisons*. Où se tient, jusqu’à la fin du mois de juin, une exposition d’oeuvres de cette artiste proche des surréalistes. Une histoire où le hasard a joué de main de maître.

A la galerie La marchande des quatre saisons, sont exposés des dessins que Dora Maar croquait sur le vif autour de Ménerbes. Photographe au début de sa carrière, elle consacrala fin de sa vie à la peinture et au dessin, notamment après sa rencontre avec Picasso. Sous les dessins, des extraits de ses poèmes choisis par la galeriste Anne Carpentier. photo O. Quérette/ektadoc/ville d’Arles.

Cela ressemble à un très bon scénario, une enquête qui enchaîne les rebondissements entre passé et présent, avec un casting de rêve : Picasso, Cocteau, Breton, Brassaï, Lacan, autour d’une femme tour à tour muse et artiste, séductrice et bigote, impériale et soumise, mondaine et recluse, Dora Maar. Mais dans cette histoire, tout est vrai, et c’est ce qui la rend d’autant plus passionnante.

Brigitte Benkemoun, au festival Arles se livre en février dernier. « Je suis le carnet de Dora Maar » est son troisième ouvrage, conçu comme les précédents, à partir d’une enquête sur des personnages ayant réellement existé. photo O. Quérette/ektadoc/ville d’Arles.

Ceux qui ont assisté aux manifestations d’Arles se livre, en février dernier, connaissent déjà la genèse du livre puisque Brigitte Benkemoun était l’une des invités du festival consacré à la lecture. Dans un agenda, acheté sur Internet, elle trouve un petit répertoire dont les noms lui sautent aux yeux : Cocteau, de Staël, Lacan, Breton, etc… En enquêtant – ce qui est le premier métier de cette journaliste passée par Europe 1, France 2, France Inter – Brigitte Benkemoun découvre qu’il s’agit du carnet de Dora Maar, photographe et artiste peintre, figure marquante de l’art du XXème siècle. L’écriture du livre s’impose à elle : comment passer à côté d’un tel appel du destin? Ce premier coup du sort n’est que le premier d’une longue série. Alors qu’elle commençait à travailler sur son livre, Brigitte se rend par hasard dans la galerie La marchande des quatre saisons, fondée par Anne Carpentier qui se trouve être une grande admiratrice de Dora Maar et qui a organisé une exposition des dessins de l’artiste. C’est également Anne Carpentier qui en faisant son jogging le long du Rhône, est tombée, par hasard, sur une preuve du passage de Dora Maar à Arles…

La route de Dora Maar passe par Arles. Evidemment, l’histoire de Dora Maar se déroule essentiellement à Paris : c’est là qu’elle étudie, fréquente le cercle des Surréalistes, choisit de séduire Picasso, vit avec lui, puis sans lui. Mais – et là encore, le destin frappe – : Dora Maar a fréquenté André Marchand, un peintre aujourd’hui oublié mais qui finit ses jours à Arles et qui, comme le révèle l’ouvrage, vécut une scène terrible avec Picasso place du Forum…

Un vrai personnage de roman. Il ne faut pas révéler tous les secrets de ce livre passionnant. D’autant que les coups du sort qui l’entourent ne doivent pas occulter ce qu’il est : une biographie d’une forme inédite, une sésame pour pénétrer une époque et un milieu, un portrait riche de détails, d’anecdotes qui permettent de découvrir les hommes, avec leurs médiocrités et leurs grandeurs, que furent ces artistes du XXème siècle. A partir des noms inscrits dans le carnet, Brigitte Benkemoun cherche les liens avec Dora Maar, retrace des bribes de vie, éclaire des destins sous un jour nouveau. Son travail a aussi le mérite de montrer la complexité de Dora Maar, trop souvent réduite au rôle de « compagne de Picasso. » « C’est le carnet, comme il s’est invité chez moi, qui m’a imposé de dresser ce portrait de cette façon, explique Brigitte Benkemoun. Ce répertoire date de 1951 : à cette époque, Dora Maar ne partage plus la vie de Picasso mais elle a repris une vie mondaine, c’est une femme brillante et surtout, elle crée. Bien sûr, il a fallu raconter comment elle est arrivée là : et c’est ainsi qu’on mesure qu’elle était plus cultivée que lui, plus engagée politiquement et comment il s’est inspiré d’elle. »

L’ouvrage a aussi l’intérêt de ne pas tomber dans l’hagiographie béate : Dora Maar y est dépeinte avec toutes ses ambiguïtés, paraît souvent détestable ou pitoyable. « Finalement, même si j’ai eu du mal à la trouver sympathique, elle m’a impressionnée, confie Brigitte Benkemoun. Cette femme qui a eu le culot d’aller « draguer » Picasso, a trouvé la force de vivre, de créer, de peindre pendant 50 ans, après qu’il l’eut broyé. C’était une femme complexe dans une époque complexe. »

*en partenariat avec la librairie Les grandes largeurs, à La marchande des quatre saisons, 12 rue de la Rotonde. Ouvert du jeudi au samedi de 14h à 18h. Et le vendredi 14 juin à 19h, lectures de poèmes de Dora Maar par Céline Pujol. En libre écoute du 14 au 23 juin.