Tony Gatlif. / photo R.Boutillier

Né dans les bidonvilles d’Alger d’un père kabyle et d’une mère gitane, gamin des rues à Paris, Tony Gatlif, 71 ans, a aujourd’hui 20 films à son actif, une ribambelle de prix à Cannes et aux César, et une Légion d’honneur pour l’ensemble de son œuvre. Mardi 18 février, le réalisateur entame dans les arènes d’Arles le tournage de son prochain film, « Tom Medina », l’histoire d’un jeune homme envoyé en Camargue par un juge. Cette histoire, c’est un peu la sienne, comme il l’a raconté à Arles Info.

Pourquoi avoir choisi la Camargue pour tourner ce film ?
J’avais déjà tourné un film ici il y a 30 ans (Gaspard et Robinson, Ndlr). Je suis attaché à cette terre car adolescent, le directeur du foyer où je vivais à Paris a eu l’idée de m’envoyer ici, parce que j’aimais les chevaux. J’ai passé six mois à travailler dans un mas à Salin-de-Giraud. C’était une découverte, un voyage initiatique que j’ai adoré. Ça m’a sorti des rues de Paris, des problèmes d’argent, de la pression de la réussite. C’était un enrichissement formidable.

La venue du héros du film en Camargue a donc quelque chose d’autobiographique ?
Totalement. Comme moi, Tom Medina est un peu perdu en arrivant à Arles, mais il débarque avec les mêmes yeux que moi à l’époque, et avec la même soif de savoir, de découvrir. C’est ce qui nous fait avancer, et c’est ce qui m’a sauvé.

Vous allez tourner une scène de corrida dans les arènes. C’est un spectacle qui vous touche ?
J’aime l’histoire du Cordobés, issu d’une famille très pauvre, et qui a un jour sauté dans les arènes pour prendre la place du torero. Je m’en suis inspiré pour le film. Et puis j’aime la culture méditerranéenne, qui ne peut pas être dissociée de ce qu’elle porte, comme la musique, la danse ou la corrida.

Vous dites qu’en Méditerranée, vous êtes chez vous…
Oui, donc à Arles, je suis chez moi. Ici, tout le monde est chez lui à partir du moment où il apporte quelque chose. Peter Lindbergh était chez lui à Arles, alors qu’il était Allemand. Picasso ou Manitas de Plata étaient des Arlésiens. Tous ces gens se sont retrouvés là pour la culture, pas pour la frime. C’est ce qui me plaît.

Et vous, que venez-vous chercher ici ?
Le mystère de la Camargue, celui que recherchait Lucien Clergue, dont la façon de travailler m’a beaucoup marqué. Mais j’aime aussi le centre historique : la place du Forum a été mon quartier général avant qu’elle ne soit célèbre. Elle incarne Arles.

En marge du tournage, vous allez aussi participer aussi au festival « Arles se livre »* au mois de mars…
La municipalité m’a invité et j’ai accepté avec grand plaisir. Je viendrai avec le livre qui m’a inspiré et qui contient toute la culture provençale. Mais Il faudra venir au théâtre d’Arles pour le découvrir…

*Du 4 au 8 mars. www.arles-se-livre.fr. Toutes les infos ici.