Le marais du Rendez-vous, dans la Réserve de la Tour du Valat. Photo Philippe Praliaud / Ville d’Arles

Si flamants roses, ragondins ou sangliers ne s’aventurent pas encore place du Forum, les animaux profitent du confinement pour étendre leur territoire. Anthony Olivier est aux premières loges pour le constater. Garde de la Réserve de la Tour du Valat, il est l’un des rares employés de l’Institut à pouvoir poursuivre son travail de terrain au titre de sa mission de surveillance du Domaine, qui s’étend sur 2600 hectares en pleine Camargue. « On voit une différence très net avec l’avant confinement dans les espaces habituellement ouverts au public, comme Beauduc ou l’étang du Fangassier, explique celui qui veille aussi sur le bord de mer arlésien pour le Conservatoire du littoral. L’homme est confiné, les animaux à l’inverse se déconfinent : la faune, et notamment les oiseaux, ont repris possession de l’espace. Par ailleurs, certains mammifères nocturnes sont désormais visibles en plein jour, comme le sanglier ou le renard, car ils ne sont plus dérangés par l’activité humaine. »

Un lézard vert en Camargue. Photo Philippe Praliaud / Ville d’Arles

La Tour du Valat est pleine phase de récolte d’informations concernant les oiseaux, les amphibiens ou encore les tortues. Mais il est encore trop tôt pour savoir si le confinement aura un réel impact sur le nombre de naissances. « Les réserves naturelles comme la Tour du Valat sont des lieux déjà préservés en temps normal, donc il n’y a pas de changement spectaculaire. Dans des espaces périurbains comme les marais de Beauchamp, c’est plus évident, mais il faudrait que le confinement dure encore plusieurs mois pour qu’il y ait un impact durable sur la biodiversité » relativise Anthony Olivier.

Anthony Olivier, garde de la Réserve de la Tour du Valat. Photo Philippe Praliaud / Ville d’Arles

Impossible, pour l’heure, d’espérer par exemple un « baby boom » chez les flamants. « Ils sont plus visibles parce qu’ils ont pris leurs aises, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont plus nombreux » prévient Arnaud Béchet, directeur de recherche à la Tour du Valat. Qui rappelle que si depuis cinq ans les flamants ne nichent plus à Salin-de-Giraud – le niveau d’eau du Fangassier et la prédation d’un hiboux Grand Duc auraient entraîné leur déménagement à Aigues-Mortes –  ils viennent plus volontiers s’y nourrir. La nature regagne donc du terrain, mais Anthony Olivier s’inquiète déjà des conséquences que pourraient avoir un déconfinement trop brutal. « Il pourrait surprendre certaines espèces, notamment sur les routes, comme les serpents ou les hérissons » glisse-t-il. Mais le garde de la Tour du Valat ne boude pas son plaisir devant le spectacle de cette terre désertée par les hommes : « Voir la Camargue comme ça, c’est incroyable ».

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