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Arles Info

Solidarité cousue main

Dès le début du confinement, les bonnes volontés se sont multipliées pour venir en aide aux soignants. Première rencontre de notre série : le réseau Nos soignants dans de beaux draps.

Autour de la grande table, elles sont quatre à s’affairer. Plier les coupons de tissu, le découper en petits rectangles, les répartir en différentes piles. Et puis ranger, gérer les livraisons, réceptionner la matière première. Maryline Laville est enseignante au lycée Montmajour dans la section métiers de la mode, Laure Ripert-Grimaldi, auxiliaire de vie scolaire, Chérazade Kadour, enseignante dans un collège et Nadia Chebil a créé la première structure familiale d’accueil de jour familial pour des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, Les Papillons de Marcelle.  C’est dans son salon qu’elle a mis en place, depuis plus de trois semaines, cet atelier de confection, berceau du réseau Nos soignants dans de beaux draps.  

Chérazade, Laure, Nadia et Maryline préparent les coupons de tissus qui seront distribués aux couturières pour la fabrication des surblouses. photo O. Quérette/ektadoc/ville d’Arles.

Au début du confinement, Nadia a répondu à l’appel d’une de ses collègues de l’Ehpad de Griffeuille : « elle nous signalait un besoin urgent de sur-blouses. Alors, on s’y est mis. » Avant d’être aide-soignante, Nadia fut modéliste pendant quinze ans. Elle a donc dessiné le patron de la sur-blouse en choisissant le modèle le plus simple possible.  Puis via le groupe Facebook Solidarité arlésienne face au covid-19 monté par Laure, un appel a été lancé : il fallait des draps pour faire les blouses, des biais, des vieux rouleaux de papier peint pour dupliquer le patron et des bonnes volontés pour se mettre à la couture et prêter main forte. Et un lieu pour organiser ce réseau de solidarité. « Je reçois le matériel. Ceux qui veulent coudre repartent avec un lot de draps et un duplicata du patron. Ils nous renvoient les ouvrages, que nous livrons aux différents établissements. » Quarante-cinq couturières se sont ainsi mises derrière leur machine à coudre, d’autres ont vidé leurs placards et donné draps, fil, biais… La maison Souleiado a fourni 300 mètres de tissu. Quatre livreurs, qui dans la vie sont chefs d’entreprise, jeune diplômé, enseignant, assurent les tournées auprès des couturières. Depuis le début de l’aventure, plus de 400 sur-blouses ont ainsi été confectionnées et livrées à cinq Ehpad de la commune, à l’hôpital, au CCAS pour les agents qui se rendent à domicile et pour quelques cabinets de soignants libéraux (infirmiers, kinésithérapeutes). Désormais, avec les chutes de tissus, les couturières confectionnent des masques (qui seront remis au CCAS). 

Au sol, le patron qui sert à la confection des blouses, dont quelques exemples attendent d’être livrées. photo O. Quérette/ektadoc/ville d’Arles.

Ces chiffres témoignent bien sûr de l’extraordinaire réseau qui s’est mis en place. Mais ne disent pas tout de l’énergie déployée par cette petite galaxie de bénévoles anonymes, animés par la seule volonté d’aider, avec leurs moyens. Des talents, une créativité parfois insoupçonnée se sont révélés : pour remplacer les élastiques des masques (une denrée de plus en plus rare), certaines travaillent le jersey des t-shirts, d’autres utilisent des collants fins. « On sent nos couturières appliquées à fournir un travail de grande qualité, très soigné, décrit Nadia en montrant les finitions impeccables, les biais de couleur, les tissus chamarrés. Pour certaines, se rendre utile, c’est aussi un moyen de surmonter ce confinement et de sortir de la solitude. » Ce réseau tisse des liens qui vont au-delà de la couture.

Reportage photo sur photothèque.arles.fr