Depuis le lundi 11 mai, la vie reprend petit à petit son cours. Les rues d’Arles s’éveillent au rythme du déconfinement et les magasins alors empêchés d’ouverture, rouvrent boutique. L’objectif : concilier l’activité indispensable et la sécurité de tous.

« Nous travaillons différemment »

Xavier Savary, le président du groupement des associations de commerçants du centre-ville. Photo P.Praliaud/Ville d’Arles

En bas de la rue de la République, Xavier Savary, le président du groupement des associations de commerçants du centre-ville n’a pas chômé durant ces deux derniers mois. Il a continué à accueillir des clients, sur rendez-vous, mais son travail a consisté surtout à fédérer les commerçants qui ont dû fermer le rideau. « Le numérique a pris une place énorme. Les collègues ont créé des adresses mails pour ceux qui n’en avaient pas et même les plus réfractaires ont apprécié les réunions en visio-conférence. Cette période nous permet de travailler autrement, elle nous a beaucoup fédéré, et c’est un acquis que l’on va pérenniser » explique le patron de Cybersaladelle. Il est ainsi en train de créer, entre autres projets, une plateforme numérique, une application globale pour l’ensemble des commerces du centre-ville.

Reprise en douceur

Marine Carrara tient la boutique « les céramiques de Marine » rue du 4 Septembre. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Rue du 4 septembre, la céramiste Marine Carrara a réinvesti sa boutique-atelier. A l’entrée, un gel hydro-alcoolique est à portée de main : « je demande aux personnes de bien se désinfecter les mains et de rien toucher. Bien sûr le port du masque est fortement apprécié » sourit la jeune femme. Durant le confinement, elle a créé de nouveaux produits et, grâce aux aides de l’Etat, elle arrive à ouvrir sa boutique sans angoisse, mais s’interroge, comme beaucoup, sur la saison estivale. 

Les artisans d’art ont aussi rouvert

Dans « l’atelier des créateurs », Natalie Sukhova (en photo), Sabine Laugier et Lydia Pensotti sont prêtes à recevoir leur clientèle. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Un peu plus loin, « L’atelier des créateurs » qui réunit trois créatrices est prêt à accueillir les badauds et la clientèle fidèle. Natalie Sukhova tient la boutique le matin. Invitée à rejoindre l’atelier depuis un an, ses créations semblent relever de la magie : sous ses mains, le papier se fait dentelle, paysage, carte et boîte en 3D. Aux côtés de Lydia Pensotti, qui conçoit des sacs, des broderies et de Sabine Laugier, qui confectionne robes, étoles, plaids à partir de tissus indiens, Natalie est ravie de retrouver sa clientèle. « Durant le confinement nous avons réactivé nos réseaux sociaux pour rester en communication et permettre aux Arlésiens d’acheter des produits en ligne » détaille Natalie. Depuis que l’atelier a rouvert, beaucoup sont venus acheter les masques confectionnés par Lydia aux normes AFNOR. Ici la règle est la même, lavage de mains obligatoire et port du masque recommandé, « nous faisons entrer que deux ou trois personnes, pas plus » insiste cette amoureuse du papier.

« Nous avons des masques pour ceux qui en ont besoin »

Thomas Winter, qui tient « L’arrosoir » propose aussi des masques. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Thomas Winter, longue barbe et verbe haut, nous accueille au milieu de ses plantes et cactus. « L’Arrosoir » est une sorte de galerie en perpétuelle construction. On y trouve des plantes, des chapeaux, des livres d’art, des petits objets insolites créés par des artisans locaux, et même des tableaux du plasticien Thibault Franck. « Pour la reprise, nous avons des masques pour ceux qui en ont besoin en entrant, du gel à disposition, mais les gens sont prudents et intelligents » estime ce scénographe végétal. 

« Les clientes comprennent la situation »

Les grandes chaines de vêtements ont modifié totalement leur boutique. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Plus loin dans le centre ancien, les très attendues enseignes de vêtements ont effectué leur reprise. Parois de plexiglass devant les caisses, marquages au sol, port du masques quasi obligatoire et lavage de main incontournable, on ne badine pas avec les gestes barrières. Dans cette grande enseigne, pas plus de 13 clientes en même temps, et les cabines d’essayages sont condamnées par mesure de sécurité : « les clientes dans l’ensemble comprennent très bien que c’est pour leur santé et la nôtre. Nous avons dû repenser nos rayons et le sens de déplacement, mais tout fonctionne sans problème » indique la gérante. 

« La solidarité des Arlésiens est extraordinaire »

Bruno Pafundi, gérant de l’Odeon, privatise aussi sa boutique pour les personnes fragiles. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Dans la rue de la République, « Odéon » qui habille les Arlésiens depuis trente ans a repensé son accueil et sa boutique selon les règles de sécurité en vigueur. « Je suis très agréablement surpris de la solidarité des Arlésiens, c’est vraiment extraordinaire. C’est motivant et ça fait chaud au cœur » indique Bruno Pafundi, le gérant. Il a bien sûr adapté sa façon de procéder : « nous gérons le flux, bien sûr le masque est obligatoire. Les clients peuvent essayer, car après, je passe chaque vêtement à la vapeur, soit à plus de cent degrés. Maintenant il faut que le client se laisse faire, on s’occupe de tout » sourit Bruno, qui nettoie et désinfecte entièrement son espace à l’heure du déjeuner. « Et pour les personnes qui ne sentent pas à l’aise ou qui ont des soucis de santé, on privatise le magasin. Cest une nécessité de penser aux plus fragiles » estime le patron d’Odeon.

Privatisation du magasin pour les personnes fragiles

Lionel Reygner, a ouvert Hobby One avec toutes les conditions sanitaires requises. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Même sollicitude et mêmes consignes chez Hobby One, la boutique située de l’autre côté de la rue. « Je privatise la boutique à la demande pour les personnes à risque et fragiles » détaille Lionel Reygner, le créateur de cet espace dédié à l’univers des jeux video. Parti au vert pendant le confinement, Lionel Reygner a gardé contact avec les habitués via les réseaux sociaux tout en remplissant de nombreux papiers pour obtenir les aides de l’Etat qui lui permettront de poursuivre son activité. « Le groupement des commerçants nous a fortement aidé durant tout le confinement, pour nous équiper en vue de la réouverture, des groupes WhatsApp ont été créés, on s’est réuni en visio-conférences. Il y a eu un vrai élan de solidarité entre les commerçants arlésiens ».

Les coiffeurs surbookés 

David Delepierre, coiffeur en bas du Pont à Trinquetaille accueille jusqu’à 50 clients par jour. Photo P. Praliaud/Ville d’Arles

Depuis le lundi 11 mai, les salons de coiffure ne désemplissent, comme David’Coup, barbier coiffeur, situé de l’autre côté du pont à Trinquetaille. « J’ai reçu jusqu’à 50 clients par jour et il y a du boulot ! » commente David Delepierre qui coupe, taille et shampouine les têtes des petits et grands Arlésiens depuis 25 ans. « Mais en ce moment, je ne taille plus les barbes, j’impose le masque à ces messieurs ! » précise David. Après chaque client, il désinfecte le matériel, chaises, tables, mais toujours avec le sourire et malgré un agenda rempli sur encore deux semaines pleines. « Vous voyez, je ne suis pas à plaindre, du boulot y en a !» plaisante David.

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